Vie pro-vie perso : ?le mélange des genres

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Le désir d’un meilleur équilibre entre le ?travail et la sphère privée est toujours d’actualité. A une nuance près : la ?frontière entre les deux est plus floue.

Les fêtes de fin d’année sont encore fraîches dans vos mémoires?? Sachez qu’elles sont passées quasiment inaperçues pour un Français sur deux. Pendant cette période, pourtant synonyme de repos et de retrouvailles en famille ou entre amis, ils étaient 54% à continuer à travailler. Pis?: 40% de ceux qui étaient en vacances sont quand même passés à leur bureau une ou deux fois, précise une étude réalisée par Regus, qui fournit des espaces de travail équipés. Même les Japonais, pourtant réputés pour leur zèle, respectent davantage la trêve des confiseurs que nous.

Après avoir négocié les 35?heures, serions-nous devenus accros au boulot au détriment de nos familles et de nos loisirs?? «Plutôt que de trouver un équilibre figé entre leurs vies professionnelle et personnelle, les cadres aspirent à concilier les deux de manière flexible, en fonction de leurs besoins du moment», explique Jérôme Ballarin, président de l’Observatoire de la parentalité en entreprise (OPE) et auteur de «Travailler mieux pour vivre plus» (Nouveaux Débats publics). C’est d’ailleurs ce que confirme le sondage réalisé pour Management par Toluna en décembre 2011.

Tabou brisé. Cette revendication affichée des Français à disposer de plus de temps pour leurs enfants ou pour eux est très récente. «Il y a cinq ou six ans, l’exprimer était encore tabou», souligne Philippe Thurat, directeur diversité d’Areva. Dans l’Hexagone, la politique familiale très interventionniste de l’Etat a dopé le taux de natalité (nous sommes numéro 2 en Europe), mais elle a retardé l’émergence de dispositifs favorables à la vie familiale et privée dans les entreprises. A tel point que 36% des Françaises sont angoissées à l’idée d’annoncer leur grossesse à leur chef (étude de l’Institut des mamans). Et 70% des salariés estiment que leur employeur fait peu pour les aider à concilier leur vie professionnelle et privée (baromètre 2011 de l’OPE).

Décomplexer les hommes. La situation en France contraste de manière frappante avec celle des pays anglo-saxons ou scandinaves. Aux Etats-Unis, par exemple, les entreprises ont rapidement dû pallier l’absence de crèches publiques et de congés parentaux. «Progressivement, elles ont inventé des outils destinés à faciliter la vie de tous leurs salariés, au-delà de la seule question de la parentalité», observe Ariane Ollier-Malaterre, professeur à la Rouen Business School, spécialiste des questions d’harmonisation travail-loisirs. Le programme d’assistance aux salariés du géant pharmaceutique GlaxoSmithKline leur permet ainsi de consulter un pédiatre, d’organiser un mariage, de vendre leur maison ou même d’établir un testament sans avoir à courir à droite et à gauche.

Dans notre pays, la donne est?cependant en train de se modifier radicalement. Le premier grand changement concerne la cellule familiale elle-même. L’essor des couples biactifs (40% en France selon l’OCDE) et l’accroissement des familles monoparentales (23%) poussent les hommes à concilier davantage leur vie privée et professionnelle – un père qui assure la garde alternée de ses enfants se trouve très vite confronté à cette problématique. Certains stéréotypes persistent malgré tout?: les hommes hésitent toujours à utiliser les jours d’absence autorisés si leur enfant est malade, de peur d’être mal vus de leurs collègues. «Il faut du temps pour que des bouleversements aussi profonds puissent s’opérer», note Vincent Chriqui, directeur général du Centre d’analyse stratégique et auteur, en 2011, de l’étude «De nouvelles organisations du travail conciliant égalité femme/homme et performance des entreprises».

Pour le moment, les hommes acceptent d’instaurer davantage de flexibilité dans leur travail… à condition que cela ne se voie pas trop. Areva teste depuis trois ans dans son établissement de Lyon une formule de temps partiel annualisé consistant à regrouper les jours de non-travail autour des vacances scolaires. «Cela permet aux pères de se sentir moins coupables et stigmatisés que s’ils prenaient tous leurs mercredis», explique Philippe Thurat. De même, les cadres masculins travaillant au siège de Ferrero France, en Normandie, apprécient de pouvoir déposer leurs enfants âgés de 4 à 10 ans le mercredi et pendant les vacances scolaires dans la garderie créée en 2004 par le chocolatier à 20 mètres de ses locaux. «C’est un argument pour attirer dans la région des cadres dont le conjoint travaille aussi», précise François Patschkowski, DRH du groupe.

Nouveau modèle. L’arrivée de la génération Y (les 18-35 ans) bouscule encore davantage les codes traditionnels. «Les trentenaires refusent d’adhérer au modèle familial encore en vigueur chez les quinquas, où c’est à l’homme d’assurer les revenus du foyer, au détriment de sa vie personnelle», observe Pascale Pitavy, directrice associée du cabinet Equilibres et auteur d’une étude sur les pères managers. Agé de 32 ans, Nathanaël Mathieu, cofondateur de la start-up LBMG Worklabs, n’hésite pas à adapter son emploi du temps pour sa petite fille de 18 mois et son association de musiciens africains.

Horaires modulables. Pour fidéliser cette nouvelle génération, les entreprises redoublent d’inventivité, notamment dans les secteurs très friands de jeunes diplômés (conseil, banque, télécommunications…). Depuis 2008, le cabinet Deloitte propose ainsi des «parcours choisis», autrement dit des aménagements du temps de travail en fonction des priorités de chacun. «Notre appétence professionnelle varie tout au long de la vie selon nos ambitions et notre situation personnelle, commente Jean-Marc Mickeler, associé chez Deloitte. Nous accompagnons ceux qui souhaitent temporairement lever le pied afin qu’ils ne soient pas pénalisés dans la suite de leur carrière.» A ce jour, 80 cadres ont ainsi bénéficié d’une modulation de leurs horaires, dont 80% de femmes.

Des raisons de santé ont amené Séverine Gondeau, senior consultante, à choisir de travailler pendant six mois à 90% . «Cela m’a permis de poursuivre sereinement ma carrière», témoigne cette trentenaire. Le plus délicat était de dire à ses collègues et à ses clients qu’elle n’était pas joignable un vendredi sur deux, y compris sur son téléphone portable. Car la généralisation des mobiles, et notamment des smartphones connectés à Internet, a achevé de brouiller la frontière entre travail et vie privée. Les outils nomades favorisent le mélange des genres?: le week-end ou en vacances, nous nous tenons au courant des dossiers laissés en chantier au bureau?; au travail, nous finalisons l’achat d’un appartement, préparons un voyage ou inscrivons le petit dernier au judo.

«Cette porosité entre les deux sphères est plutôt perçue comme une opportunité», constate Philippe Guilbert, directeur général de Toluna. Les nouveaux moyens de communication permettent en effet d’inventer des formules d’organisation du travail inédites, plus flexibles dans le temps et dans l’espace, mieux adaptées à la globalisation des économies. C’est aussi l’avis de Franck Bouétard, le PDG d’Ericsson France. Après cinq ans d’expatriation à Stockholm, il a fait sienne la perception suédoise du management?: «Là-bas, tous les salariés ont un smartphone et un ordinateur portable. Lorsqu’ils ont besoin d’un après-midi, ils le prennent. En contrepartie, ils sont joignables en dehors des heures de bureau. Par ailleurs, personne ne s’étonne de voir un landau derrière la vitre d’une salle de réunion?!» Dans cette conception, le travail n’est plus un moment séparé de?la vie personnelle. «Les deux sont enchevêtrés et interdépendants», conclut le patron du fabricant?de téléphonie mobile.

Soigner son “flexstyle”. Sous l’effet de toutes ces mutations, un nouveau rapport au travail se dessine. «Ce n’est plus un lieu où l’on se rend, mais une chose que l’on fait, n’importe où et à n’importe quel moment, souligne Ariane Ollier-Malaterre, de la Rouen Business School. Les entreprises devront prévoir des formations pour apprendre aux managers à évaluer leurs collaborateurs sur leurs résultats et non plus sur leur temps de présence.» Appelée «flexstyle» en anglais, la gestion de la frontière entre vie professionnelle et vie personnelle fait déjà les beaux jours des cabinets de formation outre-Atlantique.

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